Des vestiges énigmatiques

 

Deux agglomérations désertées composées de cases construites en pierres sèches ont été recensées sur la commune ; aux Renardières, une trentaine de cases aux formes plus ou moins régulières (carrées, triangulaires, parallélogrammes, rectangulaires, pentagonales) furent bâties au bord du chemin accédant au lieu-dit depuis le Pont de Saint-Sauves ; l'épaisseur des murs varie de un à deux mètres. De même, les habitations sont semi-enterrées et protégées par un talus de terre. Malheureusement, le site a été exploité comme carrière.

Carte du site des Renardières

À 1,4 Km à vol d'oiseau de ce lieu se trouve une autre agglomération désertée ; au bois de Cheix, prés de Méjanesse, furent construites une vingtaine de cases orientées au sud de la colline (956 m. d'altitude). Les docteurs CHARVILHAT et DEMARTY qualifièrent le site comme "l'agglomération la plus importante de ce type en Auvergne" (ils dénombrent prés de 200 cases...). Les cases sont bâties dans une forme comparable à celles des Renardières (à la différence que certains murs ont une épaisseur de trois mètres). Cependant, le site n'a jamais été fouillé et fait l'objet de graves dégradations.

À noter, l'étymologie du Cheix sur Morge (63) : Le Chier en 1559, Au Chier en 1669, Le Chay au XVIIIème siècle, Le Cheix depuis 1800. La terminologie "Chier" signifiait en langue locale un lieu fortifié, pouvant ainsi laisser supposer l'existence d'une motte castrale à cet emplacement. Selon une toponymie pré celtique, "cheix" et "cheire" ont pour racine "car", c'est à dire pierre, rocher et par définition le lieu empierré...

Ces sites peuvent être comparés, selon certains auteurs, aux agglomérations des Villars (Commune d'Orcines-63), des Chazaloux (Pontgibaud-63 ; voir plan à gauche), Cotteuges (Trizac-15), Rocherousse (Marcenat-15 ; voir cliché à droite), plateau de Saint-Victor (Massiac-15 ; village aménagé de la guerre de cent ans au XVIIème siècle, déserté lors de grandes épidémies), Espinasse (Collandres-15), La Gourbie (Vodable-15)...

Carte du site des Chazaloux          Site de Rocherousse © Cliché Gabriel FOURNIER   

D'après l'état actuel des recherches, il s'agit de villages désertés de l'époque médiévale ; pour des raisons diverses, des villages permanents se sont déplacés au gré des zones de culture ou des pillages (notamment des troupes installées aux châteaux de la Roche Vendeix -La Bourboule-  et de Sanadoire -Orcival- qui écument la région) afin de bénéficier de la protection d'un château ou d'une maison forte ou encore la proximité d'un moulin. Aussi, il semble que ces sites aient été occupés du XIIIème au XVIème siècles (désertés au cours de la guerre de Cent ans ou de la grande peste noire).Des hameaux et écarts de la région sont désertés tels que le Cohalion, Plafayt, Planèze ou Vauge ; des tenures restent à l'abandon et la population est en baisse.

Ces habitations ne disposaient pas de murs pignons et étaient recouvertes de chaume reposant sur une charpente de type "crück" possédant une pente de l'ordre de 40°. L'élévation des murs pignons devait être assurée par une construction en bois. Enfin, l'accès au village était assuré par un chemin dont les sentiers actuels doivent reprendre le tracé.

Reconstitution © Dessin Pascal COMBES

Cependant, ces agglomérations doivent être distinguées des Tras, vestiges de burons, habitations saisonnières, parsemant aujourd'hui les herbages d'estives sous formes d'alignements de cavités jointives (plateau de Charlannes-La Bourboule voir plan, montagne de Razat-Laqueuille, montagne de Vivanson-Perpezat et près du lac Servière).

Carte du site de Charlannes

Malgré la connaissance de ces sites depuis le XIXème siècle, ceux-ci ont fait l'objet de plusieurs investigations; souvent considérées comme des vestiges de villages "celtiques" ou néolithiques, ces structures ont également été pressenties comme d'origine "templière" ou refuges temporaires à l'époque des invasions barbares aux V et VIèmes siècles avec la découverte d'une meule de l'époque mérovingienne, prés des Renardières. Les spéculations restent nombreuses, faute de fouilles... et de protection des sites. Cependant, à quelques centaines de mètres des ruines du Cheix, il a été découvert un cerf en bronze d'époque gallo-romaine (vendu à un curiste de la Bourboule au début du XXème siècle) Cf. Veyssière, l'Avenir du Plateau Central du 24 août 1930

Enfin, à noter l'existence de cavités naturelles dans le vallon du Rieucros et à proximité de la route du bourg à Choriol... (empilement érodé de grès arkosique)

 

À lire

À visiter (site internet)

©Thibault FOURIS

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