Des personnalités

 

"Les notables du pays"

Un instituteur : (29 juillet 1881 - 7 juin 1973). Surnommé le grand apôtre de la reforestation, Marius VAZEILLES était un homme passionné. Humaniste convaincu, il fait partie des hommes dont le souvenir reste gravé dans la mémoire du monde rural en Massif Central.

Né le 29 juillet 1881, à Messeix dans le Puy de Dôme, fils d'un garde forestier, il est dès son plus jeune âge au contact de la nature et du monde de la paysannerie dans le pays de l’Artense. En attendant ses 25 ans, âge requis pour entrer dans l'Administration des forêts, il est instituteur stagiaire à Saint Sauves d’Auvergne

Marius VAZEILLES             Rue de l'école

Par la suite, entre 1911 et 1912, Marius VAZEILLES occupe le poste de garde général des eaux et forêts à Mauriac (Cantal). En 1913, il est détaché au service des améliorations agricoles et s'installe à Meymac (Corrèze). En 1919, il quitte l'administration des Eaux et Forêts, devient expert forestier et est à l'initiative de la première pépinière forestière du Plateau de Millevaches (en 1913). Il plante 38 hectares d'arboretums et introduit 400 espèces forestières exotiques au Puy Chabrol. Durant toute sa vie, il ne cesse de lutter contre la pauvreté paysanne, conseillant la population locale d'investir dans la sylviculture.

Mais Marius VAZEILLES est également passionné par l'archéologie. C'est en cherchant le passé de la forêt qu'il est conduit vers le passé de l'homme. Il devient ainsi un spécialiste des époques gauloises, gallo-romaines et mérovingiennes. Ses découvertes et ses recherches, constituées par plus de 150 études, sont regroupées au Musée Marius VAZEILLES à Meymac. Toute sa vie, il aura lutté pour améliorer le sort des paysans. Élu député du Front Populaire, il entretient une amitié forte avec un autre auvergnat célèbre, Alexandre VARENNE, écrivain et directeur du quotidien régional, La Montagne. Il était officier de la Légion d'Honneur et commandeur de l'Ordre National du Mérite.

Un médecin : Né à Saint-Sauves le 30 octobre 1774, troisième fils de François (1751-1840 ; Maire de Saint-Sauves dont l'aïeul, Jean BERTRAND y est né le 26 mars 1644) et de Anne BURIN DES ROZIERS, Michel BERTRAND fut médecin-inspecteur des eaux du Mont-Dore (succède à son beau-père, Peyronnet de ROCHEFORT, en 1807 ; lui même laissera sa place à son fils Pierre), créateur de l’établissement thermale et inventeur des vestiges gallo-romains de cette commune ; Il a remporté un des quatre grands prix de l'école pratique de médecine. Désigné le 22 ventose an V par la municipalité du canton de Tauves pour suivre les enseignements de l'École de santé de Paris, Michel BERTRAND débute à Clermont-Ferrand à 26 ans comme "professeur d'accouchement" et devient en 1802 professeur de physique et de chimie à l'école Centrale, puis médecin à l'Hôtel-dieu, de 1807 à 1833. Il acquiert un large crédit auprès du Duc d'Orléans, futur Louis-Philippe, la duchesse de Berry, belle-sœur de Charles X, la duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI, ... 

Le Docteur Michel BERTRAND

Il est élu en 1820 à l'Académie de médecine de Clermont-Ferrand, membre de la commission des eaux minérales naturelles et artificielles et correspondant de l'Académie royale de médecine et autres sociétés savantes. Promu Officier de la légion d'Honneur en 1843 (Chevalier en 1821), il est également élu l'année suivante  conseiller général de Rochefort-Montagne(trois mandats consécutifs). Monarchiste fervent, il manque d'être démis de ses fonctions en 1815, pendant les Cent jours, et en 1833, pour avoir soutenu l'action légale de la Duchesse de Berry. Michel BERTRAND épouse le 10 octobre 1805 à Rochefort Joséphine-Marianne PEYRONNET (1791 - 1862) et est père de Pierre (6 septembre 1806 - 29 octobre 1887), docteur, conseiller municipal de Clermont, et de Marie-Julie (28 mars 1808 - 25 mars 1891), épouse d'Antoine-Gilbert LUCAS-LAGANE, vice-président du tribunal civil.

Michel BERTRAND est décédé à Clermont, au numéro 7 du boulevard de la Pyramide, le 30 octobre 1857 et a été inhumé au cimetière des Carmes ; il fut l’auteur de « recherches sur les eaux du Mont-Dore » (1823)  de diverses publications scientifiques et innova la méthode de traitement par inhalation. Grâce à lui, la fréquentation de la station du Mont-Dore va passer de 400 à 2000 touristes par an (en 1860).

LE MONT-DORE - établissement thermal, grand escalier et groupe de baigneurs en costume

À noter les recherches publiées en 1925 sous le titre "De la cautérisation ignée" dont l'auteur de cette thèse, Jean Batiste François Émile MONTEL, est né à Saint-Sauves (52 pages, broché, in-8).

À noter également des anecdotes relatives au docteur Emile RIBEROLLES, maire de Saint-Sauves en 1897. Outre la création du corps des pompiers de la commune en 1899, il se distingua en faisant partir le curé en surtaxant la cure avant que celui-ci ne revienne à la demande de la population en "émeute". Il opéra également sur une table de cuisine son neveu Paul FERREYROLLES atteint du croup, le sauva et lui transmit le goût de la médecine, celui-ci devenant acuponcteur-homéopathe à La Bourboule..

[article aimablement complété par M. Marcel BOUTEILLER]

 

Un peintre : Fonctionnaire des Ponts et Chaussées, Jean-Baptiste Armand GUILLAUMIN (Moulins 1841- Paris 1927) a étudié la peinture à l’Académie Suisse où il rencontra en 1863 CÉZANNE et PISSARRO. Avec ses amis "naturalistes", il commença à pratiquer la peinture de paysages en plein air, qui lui permit d’exercer ses talents de coloriste.

Autoportrait d'Armand GUILLAUMIN

Signature de Guillaumin

En 1891, il gagna à la loterie une somme importante qui lui permit de devenir indépendant et de voyager dans le midi, en Auvergne et en Hollande, pour se fixer finalement dans la Creuse.

la polychromie stridente que Armand GUILLAUMIN développa à partir de ces années-là fit qu’il ne fut malheureusement jamais considéré à l’égal des grands peintres impressionnistes. C’est en 1885, sous l’influence de SIGNAC dont il ne subit pas la technique pointilliste, que ses tons devinrent plus vifs et arbitraires et sa touche plus serrée, produisant des contrastes violents.

Il a réalisé en 1900 plusieurs paysages de Saint-Sauves, dont cette vue de la rue principale vers l’ancien café-restaurant CONSTANTIN (LONGEVIALLE) ainsi qu’une vue générale du bourg endormi sous la neige. (exposés au Musée des arts de Genève)

 

   

Il a également peint ces vues de Saint-Sauves et de la vallée de la Dordogne exposées au musée d’art Roger QUILLIOT (Montferrand).

 

   

À  noter, le « Paysage de Saint Sauves », d’un peintre portugais reconnu, Henrique [ César de Araujo ] POUSÃO (Villa Viçosa, 1er janvier 1859 - Villa Viçosa, 20 mars 1884). Influencé par la peinture naturaliste française contemporaine, il obtient une bourse en 1881 pour étudier à Paris où il s'occupe du studio d'Alexandre Cabanel. En février 1881 il s'inscrit à l'école des Beaux-arts, mais sa santé sensible l'oblige de se rendre à La Bourboule en cure thermale. De là, il envoie des toiles au musée de Porto, dont un « Village de Saint Sauves », un portrait « à la vieille femme » et ce « Paysage de Saint Sauves » 1881 (46 x 65,5 cm),exposé au Museu Nacional de Soares dos Reis (Porto, Portugal).

Portrait d'Henrique POUSÃO (1859-1884)    « Paysage de Saint Sauves »    Monument en hommage à Henrique POUSÃO (Vila Viçosa, à Alentejo -Portugal-)

Cadre d'inspiration idéal pour les artistes, le bourg de Saint-Sauves a été peint ou dessiné par de nombreux artistes.

                   



Un député : Intime et fidèle de ROBESPIERRE, le député paralytique de l'Auvergne, Georges COUTHON, devint, en 1793 avec Saint-Just, membre du Comité de Salut Public. Il joua dans le procès de Louis XVI un rôle important et prit ensuite une part active à la répression de la révolte de Lyon (1793) ; il fit nommer un comité de démolition de la ville mais ne voulant en assumer l'odieux de cette mesure, il se fit rappeler par la Convention. Sa mission terminée, il revint siéger au Comité de Salut Public et fit voter la loi du 22 Prairial An II (10 juin 1794) instituant " la Grande Terreur" (destruction des biens du clergé en particulier). Il fut guillotiné le 10 Thermidor An II (28 juillet 1794) suite à sa mise hors la loi, par décret de la convention nationale du 9 Thermidor An II, et sa condamnation à mort comme traître à la patrie. Or, cette page de l’histoire de France puise ses origines, méconnues, dans l’histoire de Saint-Sauves.

En effet, Georges-Auguste COUTHON est né le 22 décembre 1755 à Orcet, village du Puy de Dôme situé à une dizaine de kilomètres de Clermont-Ferrand.

Il fut l'un des plus brillants avocats de Clermont-Ferrand et fit partie du comité judiciaire de l'assemblée provinciale d'Auvergne. Complètement paralysé et ne se déplaçant qu'à dos d'homme ou en fauteuil roulant, une cure au Mont-Dore ne faisant qu’aggraver son mal, il n’en fut pas moins élu député en 1791 à l'assemblée législative puis à la Convention nationale.

Portrait de Georges COUTHON      

Son père, Joseph COUTHON, y exerçait la profession de notaire. Sa mère, Marie LAFONT, était la fille d'un marchand de bestiaux clermontois. De leur mariage le 24 mai 1751, naquirent huit enfants parmi lesquels quatre moururent en bas âge ; Georges était le quatrième de la famille.

Joseph COUTHON embrassa la carrière de notaire, s'inscrivant dans une lignée remontant au moins à deux générations ; le grand-père maternel, le lieutenant de bailliage Gilbert TROTTIER, possédait un office notarial dans la paroisse de Saint-Sauves avant que les descendants ne s'installent à Orcet au début du XVIll ème siècle et y fassent souche. De cette ascendance, nous pouvons retrouver dans les registres paroissiaux de l'époque les aïeuls suivants:

 
  • COUTHON, ?

Sexe: Masculin
Naissance : avant 1660 à
Bosberty, paroisse de Saint Sauves
Occupation : Notaire à Orcet

  • COUTHON ou COTTON, Pierre (Messire)

    Sexe: Masculin
    Naissance : 1680 à Saint Sauves
    , fils du précédent
    Décès : 10 avril 1752 à Clermont-Ferrand, Saint-Genès.
    Occupation : Notaire et greffier à Orcet
    (épouse Françoise TROTTIER, fille de Gilbert, le 11 juillet 1719 à Orcet)

-Archives départementales du Puy de Dôme-

Berceau de la famille de ce personnage contesté de la Révolution Française, Saint-Sauves (notamment le village de Beauberty), ne conserve aucun vestige, si ce n’est le souvenir de l’existence de la « maison de COUTHON ».

Évolution du village de Beauberty entre 1824 et 1986 (J.-M. SAUGET)

Source : Couthon, de Martine BRACONNIER (éditions du Roure - 1996)

 Un entrepreneur : Né le 9 mars 1866 à Tauves et marié en 1895 à Charlotte GAUCHET, Jean Louis GARENNE a fondé une entreprise de construction en Afrique du nord, notamment en Tunisie de 1890 à 1912 puis au Maroc. Sous le protectorat du résidant général LYAUTEY, son entreprise participe à la construction de la voie ferrée Alger - Oujda - Casablanca. Prospérant au cours de la première guerre mondiale, GARENNE est adjudicataire d'importants chantiers de travaux publics en France, dont la construction du chantier d'Eygurande (19), ou l'étude, le financement, la construction et la promotion de zones urbaines au Maroc et en Algérie.

En 1939, président et actionnaire de sa société, il est également actionnaire de la compagnie de navigation marocaine, de l'hippodrome de Casablanca, de sociétés minières et des deux principaux journaux marocains : La Vigie et le Petit Marocain.

Il entretient également des relations avec les hommes politiques de son temps qu'il reçoit dans sa propriété de "l'Enclos" à Saint-Sauves d'Auvergne. Radical, il est élu maire de Tauves en 1919 et conseiller général de 1925 à à 1939. Doté d'un fort tempérament, il se passionne pour les courses automobiles et apprécie de conduire. D'ailleurs, il entreprend en 1916 de se rendre en voiture de Tunis à Casablanca par Bizerte, Constantine, Alger, Oran, Oujda, Taza, Fez, Meknès et Rabat.

Jean Louis GARENNE est décédé à Saint-Sauves le 21 mars 1939 à l'âge de 73 ans des suites d'une broncho-pneumonie. L'office funèbre a été célébré en la cathédrale de Clermont-Ferrand avant l'inhumation du défunt dans le cimetière de Bizerte.

Sont apparentés à la famille GARENNE les LAMIRAND dont le plus célébre est Georges. Né à Toulouse le 12 juin 1899 de Jean-Baptiste (né à Saint-Sauves le 5 juillet 1871 - décédé le 9 septembre 1959 à Lannemezan ; diplomé de l'école nationale supérieure en 1891, agrégé de physique en 1894, inspecteur général en 1910) et Jeanne GUIRAUD, ingénieur des Arts et manufactures et directeur des usines Renault en 1940, Georges LAMIRAND est secrétaire d'Etat à la jeunesse du 27 septembre 1940 au 24 mars 1943 dans les gouvernements Laval, Flandin et Darlan. Epoux de Lucie MATRUCHOT, il réfugie sa famille pendant la guerre auprès d'une famille de Saint-Sauves.

Georges LAMIRAND (en veste claire)   

Jugé en juillet 1947 par la Haute Cour de justice pour sa contribution à la Révolution nationale, la juridiction reconnait ses tentatives de secours en faveur de jeunes israélites. De même, il aurait également cherché à convaincre le maréchal Pétain de partir pour l'Afrique du Nord au moment du débarquement des alliés et de l'invasion de la zone sud. Le 25 juillet 1947, il bénéficie d'un non-lieu. Elu maire de La Bourboule de 1955 à 1971, il est président d'honneur depuis 1984 de l'association pour défendre la mémoire du maréchal PETAIN et ce, jusqu'à son décés survenu le 5 février 1994 à Juvisy.

Sa fille Geneviève (née le 16 mai 1927, décédée le 19 août 1986) est l'épouse de Jean-Marie BASTIEN-THIRY depuis février 1955. Né le 19 octobre 1927 à Lunéville, cet ingénieur militaire, polytechnicien et lieutenant-colonel de l'armée de l'air a été fusillé le 11 mars 1963 au fort d'Ivry en qualité d'organisateur de l'attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle le 22 août 1962. Partisan de l'Algérie française, il est le dernier condamné à mort par une cour militaire en France. Il a été inhumé dans le cimetière de Bourg-la-Reine.

Un musicien : Né le 15 mars 1865 à Neufchâtel, en Suisse, Charles AMSTUTZ vient très jeune en France où il s'instruit; élève au Conservatoire de Paris, il fait la connaissance en 1894 de son maître Pierre-Léon MELCHISSEDEC (1843-1925 ; professeur de déclaration lyrique au Conservatoire national de musique). De 1895 à 1917, il est premier violon au Casino de Vichy et fit de nombreux voyages, notamment aux États-Unis et en Égypte. 

En 1917, il quitte Vichy et achète une maison près de l'église de Saint-Sauves. Là, il donne des leçons de musique (avec son violon Stradivarius, piano, accordéon) ainsi qu'à La Bourboule et au Mont-Dore et ce, jusqu'à son décès, le 27 octobre 1947. Gardien jaloux de ses compositions, il est l'auteur d'une "entrée à Pékin" et de "Reine de beauté".

 

Un résistant : Inhumé dans le cimetière communal de Saint-Sauves, André GIRARD était l'un des plus actifs, et méconnus, agents d'un réseau de renseignements clandestin en France occupée de 1940 à 1945, le réseau ALLIANCE ou "Arche de Noé", seul réseau de nature militaire dirigé par une femme, Marie-Madeleine FOURCADE (alias "Hérisson"). Ce réseau avait pour spécificité les noms d'animaux portés par la quasi-totalité de ses 3.000 agents : Bleu d'Auvergne, Setter, Labrador, Bichon, Abeille, Aigle... Découpé par régions, le réseau était dirigé pour l'actif district "Hôpital"  (secteur Centre-ouest) et ce, de 1943 à septembre 1944, par André GIRARD alias "Pointer" ou "A1".

Ce chef de région dénombrait, en juin 1944, 185 agents principaux répartis sur 16 départements du sud de la Loire au nord de la Garonne ; Les évènements survenus dans ce secteur, particulièrement marqué par les massacres perpétrés par la sinistre division blindée SS "Das Reich" en juin 1944, notamment à Tulle (19) et Oradour-sur-Glane (87), traduisent à eux seuls toute l'épopée de la Résistance à travers l'action et la personnalité de ses chefs M.U.R., A.S., O.R.A. et F.T.P. tels Edmond MICHELET, André MALRAUX, Gontran ROYER, René VAUJOUR, Marius GUEDIN, Roger LESCURE, Louis LEMOIGNE, René JUGIE-GAO ou l'héroïsme de leus camarades martyrs Charles LAIR, Jacques RENOUVIN, André DELON, Raymond FARRO ou Martial BRIGOULEIX.

Les agents de la région "Hôpital" étaient issus des catégories sociales les plus diverses : le colonel de réserve maire de La Rochelle Léonce VIELJEUX, l'étudiant Roland CREEL, le vicaire de la Cathédrale de Tulle Charles LAIR le docteur usselois Jean SIRIEIX, le commissaire des Renseignements généraux Henry CASTAING, l'employé de commerce briviste Pierre BORDES, le secrétaire général de la mairie de Guéret Roland DEROUBAIX, l'avocat creusois René NOUGUES ou l'électricien Vincent RENAUD mais aussi des fonctionnaires, paysans, chirurgiens, cheminots, architectes, huissiers...

André GIRARD en 1941                Jaquette du "Temps de la méprise"                

André Jean Louis GIRARD est né le 22 avril 1909 à Cahors (46) ; rédacteur à l'administration des Tabacs depuis 1929, il est grièvement blessé et capturé le 3 juin 1940 à Dunkerque au cours de l'opération Dynamo. En 1941, après deux tentatives, il parvient à s'évader d'un stalag disciplinaire et à regagner la France à bord d'un train en se dissimulant parmi des rapatriés sanitaires. Il reprend ses fonctions à Brive-la-Gaillarde (19) et prend contact avec les responsables locaux de l'Armée des ombres. Contacté par des membres de l'Arche de Noé, il souscrit un engagement auprès de ce réseau à compter du 1er janvier 1943. Il accède rapidement aux plus hautes responsabilités au sein de celui-ci. Le 30 juin 1945, chargé de mission de 1ère classe (assimilé au grade de capitaine) de la Direction Générale des Études et Recherches (futur SDECE puis DGSE), il est démobilisé à sa demande à l'issue du conflit. Reversé dans son administration d'origine, il est muté à la manufacture des Tabacs de Riom (63) puis devient directeur administratif et inspecteur de la manufacture des Tabacs de Lyon (63) jusqu'à sa retraite. Capitaine de réserve, il est conseiller municipal du 8ème arrondissement de Lyon sous la mandature de Louis PRADEL.

Décédé le 4 juin 1993 à La Mulatière, commune limitrophe de Lyon, André GIRARD était officier de la Légion d'Honneur et médaillé de la Résistance ainsi que trésorier national de l'Amicale des anciens du Réseau Alliance pendant de nombreuses années. Il a publié ses mémoires de guerre en 1965 aux éditions France-Empire sous le titre "Le temps de la méprise" en collaboration avec l'historien Robert HERVET.

Davantage d'informations  -  Musée de la Résistance Edmond MICHELET  4, rue Champanatier  19100  BRIVE-LA-GAILLARDE

"Les SS en Limousin, Quercy et Périgord" de Georges BEAU et Léopold GAUBUSSEAU (éditions Presses de la Cité)

 

Une famille bourgeoise : Saint-Sauves est le berceau de la famille MOULIN ; Au XVIIème siècle, Pierre MOULIN est bourgeois de Saint-Sauves. Son fils Martin s'installe à La Tour où il est notaire royal (1749), bailli de Tauves et de Larodde. Michel MOULIN, né à La Tour en 1745 et mort à Clermont en 1811, Sieur de la Borie, notaire royal est député à l'Assemblée Nationale en 1791.

Son fils Jean (1772-1833) est juge de paix à La Tour, secrétaire général de la préfecture du Puy De Dôme et conseiller général. De son union avec Marie-Françoise BURIN est né le 26 septembre 1810 Gabriel-Michel, avocat général à Riom, conseiller général puis directeur général de l'administration des cultes, député du Puy De Dôme, président du Conseil Général. Il est décédé en 1873.

 

Un bandit : Antoine Victor MORNAC était un instituteur libre de Laqueuille, issu d’une famille noble composée notamment de deux chevaliers de Malte et d’un jurisconsulte. Né à Laqueuille le 21 septembre ou le 13 octobre 1802 de François MORNAC, officier de santé, et de Marie TARDIF, fille d’un grand propriétaire, il avait trois sœurs : Magdelaine, née en 1793, Catherine, née en 1798, et Julie.

Décrit sur les registres d’écrou comme mesurant 1,75 m, « cheveux et sourcils châtains clairs, front découvert, yeux gris, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, barbe forte, visage ovale, teint clair,… chauve, traces d’un coup de feu à la cuisse gauche »

Réputé pour sa rudesse et son audace, marcheur sans égal, il commit son premier larcin à Saint-Sauves en frappant deux jeunes gens du village. Il devint progressivement la terreur de toute la contrée. Le 31 août 1826, il fut condamné par le  tribunal correctionnel de Clermont à 15 jours de prison « pour rébellion à la force publique » pour avoir insulté des gendarmes en patrouille dans une fête patronale et purgea effectivement cette peine ; le 4 octobre 1827, il fut condamné à un mois de prison par le tribunal de Clermont puis acquitté en appel pour excès et mauvais traitements. Le 13 juin 1828, il blessa très violemment un collègue instituteur et prit la fuite. Le Tribunal de Clermont le condamna par défaut à deux ans de prison pour coups et  blessures.

Alors devenu vagabond et « maître d’école non autorisé », il se « soustrait pendant cinq années aux recherches de la police » ; son existence fut jalonnée par les vols et les agressions. Des traques furent organisées sur les communes de Laqueuille et de Saint-Sauves. L’une de ses dites planques est encore visible aujourd’hui au nord du bourg de Laqueuille.



Couverture de la Revue d’Auvergne littéraire n°108, 1944 - Image d’Épinal d’Adrien MITTON

Portrait imaginaire de MORNAC d’après Georges BEGON

Cependant, MORNAC resta insaisissable grâce à ses déplacements fréquents et à ses informateurs. En 1834, il fut capturé à Laqueuille et condamné le 19 août 1834 à 10 ans de travaux forcés pour « vol conjointement par plusieurs personnes, la nuit dans une maison habitée, à l’aide d’effraction intérieure, avec violence et menaces de faire usage d’armes apparentes », en l’espèce l’agression en bande organisée de Jean CHAMPSEAUME à Feix (commune de Saint-Julien). Le jugement fut confirmé en cassation le 12 septembre 1834. Il purgea sa peine au bagne de Toulon du 19 octobre 1834 au 12 septembre 1844 sous le matricule 26.869.

Un journal de l’époque disait alors que « MORNAC jouit de la plus affreuse réputation. Il est l’effroi de la montagne. On ne se fait pas d’idée de la crainte que son nom inspire ».

Assagi à son retour, il s’installa à Laqueuille mais ne put s’empêcher de récidiver en commettant des agressions et des vols auprès d’habitants, notamment aubergistes, de la région de Laqueuille, Bourg-Lastic, Rochefort-Montagne… À titre anecdotique, en 1848, il posa le drapeau rouge sur le clocher de l’église de Laqueuille avant de le retirer aussitôt.

Accusé par la rumeur publique d’être l’auteur des meurtres du marchand de bestiaux Jean BARRIER et de Marien BONY retrouvés morts le 29 septembre 1849 entre Pont des Eaux et Rochefort-Montagne pour le premier et le 11 juin 1850 près du Trador (Laqueuille) pour le second, il fut à nouveau traqué par la Gendarmerie, appréhendé et relâché faute de preuves. En janvier 1851, il réussit à s’échapper d’une filature organisée par le gendarme HARNÉ, de la brigade de Rochefort-Montagne. Redoublant d’audace, il fut reconnu à la fête patronale de Briffons et pris à partie par la population en colère.

On rappelait également l’affaire DUCOIN, voiturier à Tauves, qui donna un grand coup de barre de fer à MORNAC qui lui barrait le chemin à Méjanesse. Ce fait fut rapporté au maire, ce qui l'obligea à faire rechercher  MORNAC. Le malfaiteur fut trouvé dans un piteux état, niant pendant un court moment sa rencontre avec DUCOIN avant de reconnaître la véracité des faits.

Enfin, en août 1851, à 18H, près d’une de ses caches, une grange abandonnée de Méjanesse, il fut blessé à la cuisse droite par le gendarme HARNÉ mais parvint à s’échapper. Soigné au Jansanet où habitait « un excellent homme très humain, incapable d’une vilenie, le docteur VEYSSET », MORNAC se rendit ensuite à la maison de santé du Docteur PELLISSIERE, de Chamalières. Dénoncé, il y fut arrêté le 6 septembre 1851 à minuit. Le 26 mai 1852, il était condamné en appel à 12 semaines de prison pour « destruction  d’un cheval ».

Jugé avec BOUCHAUDY par la Cour d’assises du Puy de Dôme du 5 au 8 août 1852, juridiction présidée par le Conseiller DUCLOSEL avec la présence de M. ANCELOT, avocat général, MORNAC fut défendu par Me BARSE. Il était poursuivi de la prévention de « vols commis sur un chemin public, la nuit, à l’aide de violences ayant occasionné des blessures et de deux homicides volontaires ayant précédé, accompagné ou suivi les dits vols (circonstances atténuantes) ».

Parmi les jurés figurait en 10ème position l’ancien notaire de Saint-Sauves François FAUVERTEIX. Également, une centaine de témoins défilèrent à la barre ; le verdict prononcé à l’issue de la dernière journée vers 20 heures le condamna aux travaux forcés à perpétuité. Son pourvoi en cassation fut rejeté le 27 août 1852. Selon Jean de CHAMPEIX, il fut « transféré le 7 septembre 1852 à Cayenne, y subit un traitement très difficile et y décéda rapidement ».

En revanche, Pierre BALME fixa son transfert au 24 septembre et ce, pour le bagne de Toulon.

Aussi, une recherche auprès des Archives historiques de la Marine de Toulon et publiée en 2004 a établi que MORNAC avait effectivement été transféré à Toulon sous le matricule 25.514. Nous savons également qu’il a été puni disciplinairement entre autres pour injure et désobéissance.

Il fut « détaché de la chaîne le 19 octobre 1862 et mis à la disposition de Monsieur le Maire de la ville de Toulon pour être transféré comme sexagénaire dans une maison de force conformément à l'article 5 de la loi du 30 mai 1854 » instaurant la « retraite » à 60 ans pour les bagnards. Le concernant, il fut transféré à la forteresse de Belle-Ile-en-Mer le 15 décembre 1862, y séjourna 7 ans avant d'être déclaré aliéné mental puis transféré à l’asile de Léhon où il décéda à l’âge de 68 ans le 31 décembre 1869.

Cependant, ce « fait divers » a fait l’objet de plusieurs récits, d’enquêtes partiales et de proses à sensation, accroissant la difficulté de distinguer la légende de la réalité quant aux méfaits présumés et à la mort de MORNAC.

Néanmoins, une remarquable biographie de MORNAC par Bernadette FOLL est proposée sur le site du Cercle Généalogique et Historique Champanellois : « Sur les traces d’un bandit de grand chemin, Antoine Victor MORNAC ». Ce personnage continue également de susciter l'intérêt des historiens et des journalistes.

Cf. Jean de CHAMPEIX, « Les Exploits de Mornac » Imprimerie typographique et lithographique Mont-Louis,1892

Pierre BALME, « MORNAC La terreur des montagnes », 1944 .
 

Des missionnaires : La commune de Saint-Sauves dénombre deux missionnaires : Alexis François BOIVIN naquit le 13 février 1870 au hameau de Châteauneuf. En octobre 1884, il entra en cinquième au petit séminaire de CELLULE tenu par les Pères du Saint-Esprit et y passa cinq ans. Le 16 octobre 1889, il entra comme laïc au séminaire des Missions Étrangères. Tonsuré le 28 septembre 1890, minoré le 27 septembre 1891, sous-diacre le 24 septembre 1892, diacre le 25 février 1893, il fut ordonné prêtre le 2 juillet 1893, reçut sa destination pour le Vicariat Apostolique de la Cochinchine Orientale ; il quitta Paris le 19 Décembre 1893 et embarqua à Marseille le 24 décembre de la même année pour rejoindre sa mission.

Arrivé à QUINHON le 24 janvier 1894, il fut envoyé à KIM-CHAU pour étudier la langue vietnamienne. À Noël 1894, il devint professeur au Petit Séminaire. En janvier 1896, il fut nommé vicaire à PHAN-THIET, avec résidence habituelle à CU-MY, région où il contracta les fièvres. En 1899, après un séjour à HONG-KONG, il devint curé de DONG-QUA, puis en janvier 1904, curé de PHAN-RANG. En novembre 1907, il revint à DONG-QUA. En janvier 1912, il rentra en France. De retour dans sa mission, en avril 1914, il fut nommé curé de CU-VA, poste qu'il a conservé jusqu'à sa mort, survenue le 27 juin 1923 des suites d'une forte fièvre.

Alexis François BOIVIN était un homme de grande humilité au point de refuser distinctions et responsabilités importantes. Pressenti pour être Supérieur du Grand Séminaire, il fit rapporter sa nomination. D'une charité sans borne, il n'hésitait pas à s'entremettre pour calmer un désaccord ou dissiper un malentendu. Très au courant des us et coutumes vietnamiennes, il s'adonnait à la poésie.

Alexis François BOIVIN est inhumé au cimetière de LANG-SONG.

Quant à Michel MIGNOT, ce missionnaire naquit le 28 juillet 1865 à Saint-Sauves. Le 3 octobre 1887, il entra également comme laïc au séminaire des Missions Étrangères. Tonsuré le 22 septembre 1888, minoré le 3 mars 1889, sous-diacre le 21 septembre 1889, diacre le 1er mars 1890, ordonné prêtre le 28 septembre 1890, il reçut sa destination pour le Vicariat Apostolique de la Birmanie Méridionale (RANGOON) qu'il partit rejoindre le 10 décembre 1890.

En 1891, Michel MIGNOT fit sa formation missionnaire à GYOBINGAUK, localité située entre THONZEH et PROME. En 1892, il fut envoyé dans la partie est de la mission vers PEGU. En 1893, Michel MIGNOT s'installa à NYAUNG-LEBIN. Il y construisit un presbytère, des écoles, une église gothique dédiée à Notre Dame de Lourdes. En 1896, on le retrouva à PHADOKWIN avec le prophète carian PHO-PAÏSSAN. Dès lors, il développa considérablement son immense district avec les bourgs de KYAULKYI, SHEWGYIN, KYAIKTO, GUAI-THAY-YO, KYAUK-KYI, PADOKWIN et SHEWGYIN.

En 1903, Michel MIGNOT était guéri du choléra. En 1916, malgré une cécité presque complète à la suite d'une chute de cheval, il dirigeait le district qu'il avait fondé. Le 27 juillet 1933, il était agressé par un voleur alors qu'il se trouvait dans sa maison à PEGU. Le 12 août 1937, il décéda à l'hôpital de RANGOON après un mois de soins.

Source : Notices nécrologiques - archives des missions étrangères de Paris

©Thibault FOURIS